Critique de My Body, The Hand Grenade
En 1989, Courtney Love et Eric Erlandson décident de fonder le groupe Hole, formation punk qui les ferait collaborer avec de nombreuses batteuses et bassistes tout au long de leur carrière. Paru en 1997, ce My Body, The Hand Grenade se différencie des autres best of en ce sens qu'il ne constiste pas en un 'rappel' de titres déjà présents sur l'un des albums du groupe dont l'acquisition se voudrait justifiée par un ou deux inédits, comme l'explique le livret de l'album, ce disque à la structure instrumentale plutôt hétérogène (se succèdent les morceaux studio, unplugged et live) se veut une sorte de transition stylistique entre la bombe punk Pretty On The Inside, premier album explosif trop peu connu du groupe malgré la production de Kim Gordon (Sonic Youth) et des textes porteurs d'une vérité rageuse inégalée (tous écrits et interprétés par Courtney), et le chef-d'oeuvre Live Through This dont les critiques concédèrent que sa popularité ne tenait pas au fait qu'il soit sorti quelques jours après le suicide de Kurt Cobain (rappelons que Courtney était son épouse...).
Cette anthologie regroupe ainsi faces B, singles qui ne figurèrent sur aucun opus, une démo (celle de Miss World, forcément plus dépuouillée et punchy que l'originale), des extraits enregistrés pendant le concert unplugged de 1995 et la version live du superbe Drown Soda et de Asking For It.
L'enchaînement des titres peut paraître hasardeux, brouillon, voire audacieux : le disque démarre sur la version 'tout premier enregistrement' de Turpentine, où l'on constate d'entrée l'énergie et la fougue que Courtney met au service de ses paroles. Les deux morceaux suivants, très rythmés et assez représentatifs du genre dans lequel s'illustrait Hole à ses débuts, sont extraits de The First Session (un autre EP du groupe), quant à des titres comme Dicknail, l'excellent Beautiful Son et 20 Years In The Dakota, où la chanteuse déverse toute sa rancune contre les groupes riot grrrl (elle a été évincée de Babes In Toyland peu de temps après sa création par Kat Bjelland, et Love gardera d'une manière générale un jugement très mitigé quant à ce genre de musique, qu'elle estime difficile à infiltrer pour éventuellement devancer, concurrencer d'un point de vue lyrique et technique, pour cause d'un élitisme du milieu), tous ne sont parus qu'en singles entre 1991 et 1994, autrement dit guère plus disponibles que sur des disques pirates.
Notons également la qualité du son de cet ensemble transitionnel de titres post-Pretty On The Inside et pré-Live Through This, le soin apporté (comme toujours) à l'artwork (le livret retrace l'évolution du groupe à travers des extraits d'articles de presse et plusieurs photos), et la production, particulièrement appréciable sur Drown Soda (pour une fois que la batterie ne couvre pas la voix du chanteur...). D'autant que, là encore comme à son habitude, sur tous les titres déjà connus en d'autres version présents sur ce best of, Courtney modifie une partie des paroles pour mieux présenter ses textes sous un angle qu'elle veut le plus représentatif de leur signification et de ce qui les a inspirés. Miss World, à l'origine I am the girl you know so sick I cannot try devient No matter where you go, I try and try and try. Mais l'évaluation la plus fiable et la plus personnelle qui puisse être faite de ce regroupement intelligent et enrichissant (rapport à la discographie de Hole) demeure son écoute, pour apprécier au mieux l'osmose entre l'instrumentation et la voix atypique mais ô combien dynamisante et émouvante (si, si, cf Doll Parts) de Courtney Love...
- Liliann



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