Critique de Celebrity Skin

Et si la personnalité de Courtney fascinait plus que sa musique ? Quatre ans après la sortie du traumatisant Live Through This, il convenait pourtant de relancer le mythe convenablement. Seul problème : le gros son craspec de Seattle définitivement disparu, il fallait trouver un nouveau meneur de jeu suffisamment futé pour faire rebondir. Courtney a donc illico fait appel à Billy Corgan, ex-amant et actuel Potiron Explosif, pour cosigner les cinq titres les plus marquants de ce Celebrity Skin, définitive tentative de réhabilitation. Oubliant toute préoccupation alternative, Courtney s'autorise le catapultage en territoire mainstream, décidée à laisser libre cours à des aspirations pop jusque-là inavouables. On a fait appel à Michael Beinhorn, orfèvre en grosse mécanique (Red Hot, Soundgarden...) pour revendiquer un son vicieusement titanesque. Musicalement, c'est de Los Angeles dont il s'agit. Mais pas vraiment le versant X ou Kim Fowley. On navigue ici dans une power pop punkoïde, jamais désagréable mais sans réelle conséquence, revendiquée jadis par les Bangles ou Joan Jett. Quand ça ne claque pas, les ballades rock et mid-tempos léchés renvoient davantage à Fleetwood Mac avec une Courtney qui s'émancipe de son rôle d'égérie proto-punk pour s'imaginer chanteuse. Sauf qu'à l'exception du roboratif riff d'ouverture solidement compressé en 2 minutes 30, le reste des mélodies sonne souvent quelque peu délavé. Heureusement, les textes au vitriol de Courtney (sur la mort, le grunge, ses ex) relèvent l'affaire. Et le guitariste Eric Erlandson, en alignant quelques parties choisies et dynamiques, tire définitivement son épingle du jeu.

- Vincent Hanon (Rock & Folk)

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